Revue d'Etudes en Agriculture et Environnement

Review of Agricultural and environmental Studies
Anciennement / Formerly Cahiers d'économie et Sociologie Rurales
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L’envers de la « ville aymara ». Migration rurale, mobilité intra-urbaine et mobilisations politiques à El Alto (Bolivie)

Franck Poupeau

L’entrée en politique du monde rural en Bolivie est souvent analysée au prisme de la ville de El Alto, incarnation de la « ville rebelle », qui serait peuplée de migrants issus des communautés aymaras de l’Altiplano.  Cette vision d’un monde rural transposant en milieu urbain ses traditions de lutte et ses formes collectives d’organisation ne sert pas seulement à expliquer l’explosion démographique de la ville, mais aussi les mobilisations politiques contre la privatisation des ressources naturelles et des services de base qui y ont eu lieu. Cet article vise à questionner le schéma interprétatif de la migration rurale. L’argumentation s’appuiera sur une enquête menée à propos des inégalités d’accès à l’eau à El Alto, qui révèlent des aspirations urbaines en termes de styles de vie. Cette analyse des inégalités socio-spatiales d’accès à l’eau, combinant ethnographie des quartiers populaires, cartographie des données statistiques et diffusion d’un questionnaire auprès d’un échantillon représentatif des résidents des zones périphériques, permettra de mettre en évidence l’importance des stratégies familiales d’installation dans les zones périphériques en expansion. Il s’agira de développer une perspective sociologique sur les transformations récentes de l’espace urbain, en montrant les effets des transformations morphologiques sur les rapports sociaux et, en particulier, sur les positionnements identitaires et politiques. L’enquête révèle alors l’envers de la « ville aymara » à travers l’importance des principes d’identification territoriaux, des aspirations urbaines et des mobilisations pour les services de base qu’elles sont susceptibles de générer.

La revalorisation de la politique de la coca en Bolivie sous les présidences d'Evo Morales : les enjeux de la réforme du secteur

Marie-Esther Lacuisse

Leader du Mouvement Vers le Socialisme (MAS), Evo Morales est devenu en 2005 président de la République de Bolivie tout en restant le leader du syndicat des cocaleros du Chaparé  Il s’agira, au-delà des débats pro ou anti coca, d’analyser la réforme de la politique de la coca qui au-delà de son association avec le narcotrafic dépend également d’un marché légal de production au niveau national. Il s’agira de définir  les enjeux de la réforme depuis la problématique du secteur mais aussi de la trajectoire du président.  L’article a pour objectif de redéfinir le type de politique publique mise en place par les gouvernements d'Evo Morales, en s’appuyant sur une enquête menée entre 2008 et 2010 sur la mise en application de la nouvelle norme.

L’ethnicisation des luttes pour le pouvoir local en Bolivie. La conquête du monde rural dans le Nord Potosí

Claude Le Gouill

Si les victoires électorales d’Evo Morales ont confirmé la force du mouvement rural bolivien, celui-ci ne reste pas moins divisé. Dans les Andes, l’organisation indigène des ayllus affronte l’organisation paysanne syndicale pour le contrôle du monde rural. Ce dualisme organisationnel repose dans un premier temps sur des processus historiques différents structurés à partir de la réforme agraire de 1953. Il s’amplifie par la suite dans l’élaboration de discours identitaires et la construction d’une « frontière symbolique » entre les deux organisations, dont la finalité est la conquête du pouvoir politique et la gestion des projets de développement. Chacune d’elle tisse dès lors ses propres réseaux avec les organisations non gouvernementales et les partis politiques, non sans créer des tensions avec le gouvernement d’Evo Morales entre le « politique » et l’« organique ». A partir de l’exemple de la région du Nord Potosí, ce travail permet ainsi de décrypter les processus politiques et identitaires actuels que traverse la Bolivie. Le pays est en effet entré dans un profond « processus de changement » dans lequel les organisations sociales en sont le moteur et s’affrontent dans la définition de celui-ci.

Un parti paysan dans la ville en Bolivie : le Mouvement vers le socialisme (MAS-IPSP) à La Paz (2005-2010)

Hervé Do Alto

La conquête de la présidence de la République, en 2005, par le syndicaliste paysan Evo Morales et son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), n'a pas seulement incarné le retour au premier plan de la gauche sur la scène politique bolivienne. Cette victoire illustre également l'émergence, dès le milieu des années 1990, de la paysannerie comme un protagoniste autonome de la vie politique nationale, et ce dans un contexte d'urbanisation croissante de la société. Cet article analyse les conditions politiques et sociales antérieures au succès d'un tel parti dans un environnement qui lui est a priori hostile : les centres urbains. À partir d'une enquête ethnographique réalisée dans les quartiers populaires de La Paz, il s'agira de montrer comment une configuration partisane particulière, favorisant l'appartenance au monde rural, pèse comme une contrainte sur l'implantation du parti dans les villes. Celle-ci ne s'érige toutefois pas en obstacle, tant le monopole détenu par le MAS sur les emplois publics joue un rôle fondamental dans le maintien d'une discipline interne en milieu urbain.

Ceci n’est pas un agriculteur. Ajustement aux catégories statistiques européennes et délimitation des groupes sociaux en Roumanie

Antoine Roger

Membre de l’Union européenne depuis 2007, la Roumanie est tenue d’alimenter les bases statistiques communautaires. Le secteur agricole fait l’objet d’une attention particulière. Près de 4 millions de citoyens roumains vivent directement du travail de la terre. Dans leur très grande majorité, ils sont propriétaires des petites parcelles récupérées à la faveur de la décollectivisation et s’y livrent à des cultures de subsistance, en marge des circuits économiques nationaux. Développé par la Commission européenne et progressivement intégré par le ministère de l’Agriculture roumain, le Réseau d’information comptable agricole vise à évaluer la « taille économique » des exploitations. Les unités de mesure qu’il impose sont utilisées à l’échelle nationale pour délimiter les pratiques agricoles légitimes. Un seuil est fixé en deçà duquel les producteurs sont jugés inaptes à développer une démarche commerciale. Les politiques mises en œuvre ont pour but d’aider ceux qui atteignent tout juste le niveau requis à consolider leur exploitation et à se tourner vers des cultures intensives, les autres étant disqualifiés et encouragés à quitter le secteur. La catégorie de l’agriculture de « semi-subsistance » est ainsi forgée et placée au centre de toutes les mesures introduites. Le découpage statistique sur lequel elle repose reste cependant vide de substance et une forte inertie de la structure agraire est observée. L’exemple étudié permet d’alimenter une réflexion sur les limites posées au pouvoir performatif des chiffres : il montre que les statistiques européennes produisent un effet significatif uniquement lorsque des responsables nationaux peuvent les utiliser pour renforcer des découpages déjà formés.

 

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